Orateur(s)
Marjorie Ranieri Chercheuse en Art Urbain (Faculté des Sciences, UNIC, ULiège)
Jean-François Tefnin Directeur (Wallimage Tournages)
Raphaëlle Pellé Illustratrice indépendante

Les industries culturelles et créatives comme levier de développement économique

    Résumé

    C’est dans le bel écrin du B3 à Liège, que s’est tenue notre rencontre-conférence ce midi, explorant les liens entre création artistique et développement économique régional

    Le B3 était un lieu tout choisi pour accueillir cette réflexion. En effet, l'influence de la création artistique sur le dynamisme économique d'une région constitue le point central des réflexions menées au sein de la pépinière d'entreprises du B3 à Liège, un lieu unique conçu pour soutenir les "jeunes pousses" créatives. 
     
    La conférence a débuté avec l’intervention de Jean-François Tefnin, Directeur Wallimage Tournages, qui a exposé les mécanismes de structuration du secteur audiovisuel en Wallonie depuis la création de Wallimage en 2000. Le financement de l'audiovisuel en Belgique francophone s'appuie sur trois piliers distincts : le guichet culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les incitations fiscales fédérales du Tax Shelter, et enfin les fonds régionaux tels que Wallimage. Contrairement aux instances culturelles qui jugent sur des critères artistiques, Wallimage intervient sur la base de critères strictement économiques pour éviter tout empiétement de compétences. Avec un budget annuel de 6,5 millions d'euros, l'organisme se décline en quatre départements : la coproduction, le soutien aux entreprises, les services de tournage et, depuis 2022, le gaming. Jean-François Tefnin précise que l'objectif est d'investir dans des projets — films, séries, documentaires ou jeux vidéo — qui génèrent des retombées significatives pour le secteur wallon, principalement à travers les salaires des techniciens et les factures des prestataires. Le système de sélection est rigoureux, fondé sur une grille de cotation précise où l'impact économique prime sur le contenu du scénario. Cette stratégie s'avère particulièrement efficace : chaque euro investi par Wallimage génère plus de 6,5 euros de retombées directes dans l'économie audiovisuelle régionale. En 2025, ces retombées directes sont estimées à environ 40 millions d'euros, auxquels s'ajoutent plus de 7 millions d'euros de retombées indirectes liées à l'Horeca et au logement. 
    Au-delà du simple financement, Wallimage offre un accompagnement stratégique et des services gratuits, comme la recherche de décors ou l'aide aux autorisations de tournage, renforçant ainsi l'attractivité de la Wallonie à l'échelle internationale.
     
    Cette vision macro-économique est complétée par le témoignage de Raphaëlle Pellé, Illustratrice indépendante et autrice de bande dessinée diplômée de l'ESA Saint-Luc Liège. Son parcours illustre la réalité concrète des créateurs et les défis liés à la précarité du milieu artistique. Raphaëlle Pellé met en avant l'importance cruciale du statut d'artiste en Belgique, récemment réformé en 2024, qui permet de reconnaître la pratique artistique comme un véritable métier et d'offrir une certaine sécurité professionnelle. Aujourd'hui, elle occupe un poste de "character designer" au sein du studio NWave à Liège, une entreprise spécialisée dans l'animation 3D qui bénéficie des investissements de Wallimage et du Tax Shelter. Elle explique que ces aides permettent aux studios belges de rester compétitifs face à des voisins comme la France, dont la politique culturelle actuelle plus austère fragilise le secteur. Selon elle, investir dans la culture n'est pas un luxe mais une nécessité pour créer de la valeur et attirer des talents étrangers. Elle cite l'exemple de la Corée du Sud qui, en misant massivement sur ses industries culturelles (musique, cinéma, cosmétiques), est devenue en vingt ans une destination mondiale de premier plan, prouvant que la culture est un produit d'exportation puissant. Elle insiste sur le fait que la culture irrigue la société tout entière et que le maintien des subventions est indispensable pour éviter la fuite des "énergies créatives" vers d'autres secteurs ou d'autres pays.
     
    Enfin, Marjorie Ranieri, Chercheuse en Art Urbain à l'ULiège et commissaire d'exposition, déplace le curseur vers le domaine des arts plastiques à travers le projet "Art au Centre". Lancé en 2019 à Liège, ce projet consiste à transformer des cellules commerciales inoccupées du centre-ville en vitrines d'art contemporain temporaires. Géré par une équipe de commissaires bénévoles, le parcours offre une visibilité gratuite à des artistes émergents liégeois, belges et internationaux, tout en réactivant des espaces urbains délaissés. Marjorie Ranieri explique que chaque édition, d'une durée d'environ trois mois, présente entre 25 et 30 artistes et contribue à redynamiser les rues commerçantes en attirant un public varié qui ne fréquente pas nécessairement les musées. Le projet a un impact direct sur le parc immobilier : en réhabilitant, en peignant et en éclairant ces vitrines, "Art au Centre" facilite leur remise en location. Plus de 100 lieux ont ainsi été reloués grâce à cette mise en valeur artistique. Cependant, malgré ce succès et l'exportation du concept à l'étranger, le modèle économique du projet, initialement hybride (public et privé), traverse une crise majeure en 2024. Suite à l'arrêt de certains financements et à une réduction drastique des subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles — passant de 130 000 euros recommandés à seulement 30 000 euros octroyés — le projet se retrouve dans une impasse financière. Marjorie Ranieri souligne que cette fragilisation oblige l'équipe à suspendre ses activités et à repenser son modèle, tout en soulevant une question fondamentale sur l'instrumentalisation de l'art. Elle s'interroge sur le fait que l'art, bien qu'utilisé comme un levier économique efficace pour revaloriser l'immobilier liégeois, ne reçoit pas en retour un soutien durable de la part des autorités. Elle conclut en évoquant la nécessité de chercher de nouveaux financements, peut-être au niveau européen, tout en déplorant le manque de ressources humaines pour mener de telles démarches à une échelle locale. 
     
    L'ensemble de ces interventions démontre que, de l'industrie lourde de l'audiovisuel aux interventions urbaines éphémères, la culture est un moteur économique puissant qui nécessite des investissements pérennes et une vision politique cohérente pour s'épanouir.

    Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.

    Comment la création artistique influence-t-elle la dynamique économique d'une région ? Nous serons au cœur du B3, le centre de ressources et de créativité de la Province de Liège, pour explorer la création artistique comme moteur de développement économique. Le secteur de l’audiovisuel est aujourd'hui florissant à Liège, porté par des studios d’animation dont l'exigence technique repose sur une qualité de travail reconnue.

    Nous suivrons notamment le parcours d’une illustratrice passée par la Pépinière d'entreprises du B3 dont l'engagement sur une production d'envergure témoigne de ce savoir-faire.

    Nous décrypterons ensuite les enjeux du secteur de l’audiovisuel avec une entreprise du secteur qui analysera comment les grosses productions, s'étalant sur plusieurs années, mobilisent une multitude de sous-traitants et génèrent des retombées majeures sur l’économie locale, tout en mettant en avant des savoir-faire techniques et artistiques de qualité.

    Enfin, cette rencontre sera l’occasion d’apporter un éclairage sur la plus-value et l'impact que les industries culturelles et créatives peuvent avoir sur un territoire.


    Une conférence organisée en collaboration avec la Pépinière d’entreprises du B3.

    Objectifs de Développement Durable