L’adaptation des entreprises au changement climatique : incertitudes et défis
Résumé
Comment préparer les entreprises et plus généralement la société aux risques inévitables induits par les dérives climatiques ? Cette question de l'adaptation des entreprises face au dérèglement climatique était au cœur de notre conférence ce midi, organisée en collaboration avec HEC-Liège et le Laboratoire des transitions, grâce à l’invitation faite à Aurélien Acquier, Professeur & Directeur de l'Institut Sustainability (ESCP Business School) de participer à des échanges académiques.
Le cadre conceptuel de cette réflexion a été posé par Aurélien Acquier, Professeur & Directeur de l'Institut Sustainability (ESCP Business School), qui a présenté les conclusions d'une étude intitulée « Beware of still waters ». Derrière cette mise en garde « Méfiez-vous de l’eau qui dort », l'orateur et son groupe de recherche ont voulu mettre en évidence que le sujet de l'adaptation est resté trop longtemps absent de l’agenda des managers et décideurs alors que la matérialisation des crises impose désormais une préparation aux risques inévitables. Il a également mis en garde contre les seules politiques d'atténuation, telles que les trajectoires « net zéro ».
Un hiatus majeur a été identifié entre un discours d'entreprise globalement rassuriste et la réalité opérationnelle des managers confrontés à une complexité croissante. Pour pallier ce décalage, Aurélien Acquier plaide pour faire passer l’adaptation d’une simple posture de réassurance à une véritable fiabilité organisationnelle. Les risques climatiques ont déjà pris de vitesse les capacités de réponse de la société.
Pour caractériser ce nouveau paradigme, l’acronyme « PUSH » a été détaillé par Aurélien Acquier afin d'encapsuler les dimensions essentielles du risque climatique. Cette approche se résume en 4 points :
- Le caractère Prédéterminé du risque : lié à l'inertie du système climatique, rendant une partie de la dérive future certaine, même en cas de neutralité carbone immédiate ;
- L'aspect Unique (ou sans précédent) : qui met en évidence que l'humanité évolue dans des conditions biophysiques jamais rencontrées, rendant l'expérience passée caduque pour modéliser l'avenir ;
- La dimension Systémique : illustrée par les effets de domino, où une catastrophe locale peut paralyser une chaîne de valeur mondiale ;
- Et enfin, l’Hétérogénéité géographique : selon lequel les impacts se manifestent de manière ultra-territoriale, compliquant les décisions centralisées.
Aurélien Acquier a également souligné l’intérêt de ne pas vouer une importance excessive à la quantification, comparant à l'ivrogne cherchant ses clés sous un lampadaire par simple commodité. En conclusion de son intervention, le chercheur a proposé quelques pistes : renforcer la littératie climatique des dirigeants, privilégier l’analyse de la vulnérabilité plutôt que celle de la simple exposition, faire des stress test avec des scénarios disruptifs et généraliser des modèles de gouvernance à haute fiabilité.
La transition vers une approche pragmatique a été opérée par Laurence Masure, Coordinatrice Développement Durable (CBC Banque & Assurance), qui a exposé la stratégie de son institution articulée autour de trois axes : limiter l’impact négatif, renforcer l’impact positif et agir sur les comportements. Laurence Masure a d’abord précisé que l'exemplarité interne a été le point de départ, avec une réduction de 80% des émissions propres atteinte via l'utilisation d'énergies vertes et la rénovation des bâtiments. Toutefois, dans le cas de CBC Banque, l'essentiel de l'action devait évidemment se situer dans l'accompagnement des clients. Pour ce faire, des « Livres Blancs » sectoriels ont été élaborés afin d'identifier les secteurs les plus intensifs en carbone et les plus dépendants des ressources, comme l'agriculture, par ex.
L'intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d'octroi de crédit a été présentée comme une évolution majeure, où la fiabilité à long terme d'une entreprise est désormais mise en balance avec ses réponses à des questionnaires extra-financiers. Laurence Masure a également abordé des thématiques transversales telles que le stress hydrique et la « Just Transition », soulignant qu'aucune règle écologique ne peut être imposée sans considérer la capacité financière des individus à s'y conformer. Face au constat que de nombreux entrepreneurs sont absorbés par le quotidien et ne voient pas « la vague arriver », une approche en quatre étapes — sensibilisation, diagnostic, plan d'action et investissement — a été mise en œuvre par la banque. Enfin, les leçons tirées des inondations de 2021 ont été partagées.
Nicky Pirard, Directeur Collectivités (RESA), a ensuite pris la relève des présentations en témoignant du choc provoqué par les inondations de 2021, pour lesquelles l'entreprise n'était pas préparée. Ce traumatisme a été le déclencheur d'un plan de résilience climatique ambitieux. La fin programmée des combustibles fossiles impose des investissements massifs dans le réseau électrique, mais ces nouveaux actifs doivent désormais être pensés en fonction des risques climatiques. Nicky Pirard a présenté plusieurs mesures concrètes, telles que le déplacement de sous-stations vers les hauteurs, l'enfouissement accru des lignes pour contrer les tempêtes, et la surélévation de canalisations de gaz au-dessus du niveau des crues historiques, comme à Verviers.
Un plan de continuité d'activité (BCP) a été instauré pour garantir la réactivité de l'entreprise en cas de nouvelle catastrophe, incluant des solutions innovantes comme l'acheminement de gaz par conteneurs pour alimenter des zones isolées par les eaux. Nicky Pirard a insisté sur l'importance du facteur humain, rappelant que lors des inondations, le personnel lui-même était parfois immobilisé et incapable d'accéder aux sites critiques. La stratégie de gestion des actifs a été affinée par une hiérarchisation rigoureuse, où chaque canalisation se voit attribuer un poids de risque déterminant son calendrier de renouvellement. La dimension collaborative a également été mise en avant, notamment par le soutien apporté aux communes sinistrées, et par la solidarité inter-réseaux qui a permis l'intervention d'équipes venues de toute la Belgique.
En synthèse, ce débat a permis de conclure que l'adaptation ne peut plus être une simple gestion de crise ponctuelle, mais doit devenir un élément structurel de la stratégie d'entreprise.
Ce compte-rendu a été rédigé avec l’aide de l’IA.
Annonce
Face à l'inévitabilité du changement climatique et ses dommages croissants, l’adaptation des entreprises devient indispensable. Où en sont les entreprises ? Comment peuvent-elles anticiper ces évolutions, évaluer leur vulnérabilité et les intégrer dans leur stratégie ? Quels liens établir avec la gestion des risques ? Comment engager concrètement son écosystème pour ne pas s’adapter seul ?
Cette conférence propose d’explorer ces enjeux à travers les travaux d’Aurélien Acquier, directeur de l'Institut Sustainability d'ESCP Business School (Paris), dans le cadre d’une étude à paraître sur les stratégies d'adaptation au changement climatique des entreprises.
Elle offrira également un éclairage du secteur bancaire, qui accompagne les entreprises et particuliers pour relever les grands défis environnementaux et leur permettre d’adopter des stratégies d’adaptation et d’atténuation concrètes et spécifiques à leurs territoires et réalités.
Enfin, l’entreprise RESA présentera son plan de résilience climatique, visant à structurer ses actions pour identifier, anticiper et limiter les risques liés au changement climatique.
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Objectifs de Développement Durable
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